« L’Histoire mondiale de la France » pensum de l’anti-France ?

L’Histoire mondiale de la France (Seuil), ouvrage collectif paru le mois dernier sous la direction de l’historien Patrick Boucheron apparait comme la dernière production effarante de cette volonté délibérée d’attaquer la connaissance et la culture qui saisit aussi les « pédagogistes » de l’Education Nationale.

« Voilà bien ces historiens soixante-huitards crépusculaires pris en flagrant délit d’instrumentalisation politique de l’histoire… » Dimitri Casali

Cet ouvrage, l’Histoire mondiale de la France, qui parait bien plus politique qu’historique entend livrer un récit progressiste de l’Histoire de France en montrant que la nation française n’existe pas en tant que telle mais qu’elle est un tissu mouvant en perpétuelle évolution. Curieuse histoire de France où Napoléon, justement le Français le plus populaire au monde, y est presque absent, où Jeanne d’Arc n’a même pas l’honneur d’avoir une entrée à son nom, où Versailles n’est pas le génie de la France mais la réussite du multiculturalisme et où le général De Gaulle est célébré le 28 août 1940 à Brazzaville, capitale de la France libre, et non pas à Londres en juin. Étrange histoire de France où l’on ne tient pas compte de ce que la France a apporté au monde et où ne sont présents ni Rabelais, ni Molière, ni Racine, ni La Fontaine, ni Poussin, ni Monet, ni Berlioz, Debussy, ni Ravel ( le compositeur le plus joué au monde…), mais où est rendu un vibrant hommage aux Mille et nuits (très progressiste, l’épouse d’un sultan luttant pour ne pas être décapitée) et abondamment salué son traducteur, Antoine Galland, qui eut l’audace d’ajouter au récit original des contes que lui avait fait un voyageur arabe venu d’Alep. Balzac est cité, mais les auteurs déplorent qu’il ne fasse pas la place belle à l’hybridation, et lui opposent l’universalisme de Claude Fauriel, un universitaire qui occupa la première chaire de littérature étrangère à la Sorbonne et qui consacra une partie de son temps à étudier l’influence des auteurs arabes sur la littérature française. Cette histoire pénitentielle ressemble à un film comique.

Voilà bien ces historiens soixante-huitards crépusculaires pris en flagrant délit d’instrumentalisation politique de l’histoire… Le but de cet ouvrage est de prendre systématiquement l’exact opposé de ce que nous apprenions jusqu’à présent, et de sans cesse rabaisser, dénigrer tout ce qui a pu être grand dans l’histoire de notre pays. Tout ce que décrivait encore le grand historien George Duby dans son « histoire de France des origines à nos jours », publiée en 1995 il y a encore un peu plus de vingt ans…

En accumulant les références aux migrations des populations, à la mondialisation et à l’écologie, Histoire mondiale de la France souffre d’anachronismes et de paradoxes. Patrick Boucheron oublie la première leçon que tout historien apprend en première année de faculté d’Histoire : toujours replacer dans le contexte de l’époque les faits et personnages historiques. À trop retracer le passé à travers les obsessions d’aujourd’hui ces historiens prennent le risque d’être taxer de révisionnisme… On expliquera aux morts de 14-18, pourquoi on raconte leur histoire à partir d’un épiphénomène, celui de la réticence des kanaks en passant sous silence tout ce que la défense du territoire nationale représentait pour nos arrières-grands parents.

Un histoire… bien politisée

Ainsi le sens de cette entreprise est de dissoudre ce que l’histoire de France a de spécifique dans des idées dans l’air du temps que sont la diversité et le métissage. Selon la fine fleur des historiens français (122), la réponse contemporaine au terrorisme islamisme est donc d’affirmer la dette de l’Occident envers l’Islam, par une étrange auto-flagellation, ainsi du récit de l’invasion de Narbonne par les musulmans en 719 où « les cultures se sont mêlées » avant que les Francs, « hélas », n’intègrent de force cette ville à leur royaume. On est d’autant plus surpris de ce parti pris qu’aucune mention n’est faite de ces « étrangers » que sont Hérédia, Romain Gary, Troyat, Sarraute, Cioran, Ionesco, Lévinas, Kundera qui ont pourtant enrichi le patrimoine français pour qui la France était la « Patrie littéraire ». Mais sans doute n’avons-nous pas de dette coloniale envers eux à réparer.

Mondialiser l’histoire de France, c’est dissoudre son identité son génie propre dans le grand bain de la mixité. Le rejet obsessionnel de l’identité a fait place nette de la culture. La haine de toute affirmation identitaire pousse ces chercheurs à vider la France de sa substance et de son héritage. Cette histoire toute entière est consacrée au dogme du politiquement correct.

Lilian Thuram
Exit Hérédia ou Ionesco et vive Lilian Thuram !

C’est grave car cette histoire mondiale de la France écrite sous l’égide du Collège de France est relayée par l’unanimité des médias. Si elle s’impose aujourd’hui on assistera à une véritable Désintégration Française pour reprendre le titre de mon dernier essai, ça y est ! Nous y sommes… ! Si ce bréviaire de la repentance et de la soumission s’impose, la France va perdre la mémoire de ce qu’elle a de meilleur…toute sa civilisation. Encore un autre lien avec Georges Duby et son « Histoire de civilisation française » et que l’on ne peut surtout pas le qualifier historien réactionnaire. Lui et Emmanuel Le Roy Ladurie, ont su rappeler à travers leurs œuvres que la France est une nation avec laquelle on peut s’attacher par le cœur aussi fortement que par les racines. « L’histoire Mondiale de la France » rend cet attachement impossible. À force de récuser le concept d’identité française puisque désormais il n’y a rien de spécifiquement français, la France n’est plus la France, tout intégration à la culture française semble inutile…

« Le national renvoie à une vision figée et idéologique de l’histoire, quand celle-ci, par nature, doit être libre, toujours en mouvement, sans cesse analysée et réinterprétée » malgré les précautions oratoires de Patrick Boucheron dans son introduction, tombe le masque. Sauf que la dénonciation de l’instrumentalisation des faits, exercice qui n’a jamais échappé aux historiens, est chez lui le prétexte au vagabondage culturel et ne l’exempte pas, bien au contraire, d’instrumentaliser l’histoire selon sa propre idéologie. En m’attaquant personnellement dans l’Humanité du 5 janvier en traitant d’escroquerie intellectuelle ma réédition « complétée » d’Ernest Lavisse, alors qu’il n’a même pas lu mon livre, montre sa suffisance tant il croit détenir la vérité. L’étude historique n’a rien gagné à devenir, comme l’enseignement ces dernières années, la lice des joutes politico-politiciennes ! Il est certain que quand des historiens veulent prouver quelque chose dans l’air du temps d’aujourd’hui, faciliter le vivre ensemble avec des populations qui, sociologiquement ou culturellement, veulent une autre Histoire, on risque effectivement de s’éloigner de celle qui a façonné l’esprit des Français de toutes origines jusqu’à plusieurs dizaines d’années. Pas d’histoire de France sans histoire du monde, d’accord. Mais la réciproque ? Pas d’histoire du monde sans la France il l’oublie totalement. L’idée que nous avons été le pilote du vaisseau de l’humanité peut faire sourire. Il se trouve qu’il y eut en effet de nombreux moments où la France le fut. Et un autre à partir de la Révolution où son projet universaliste

eut l’originalité de se fonder sur la liberté. On est en droit d’espérer que ces moments puissent survivre à toutes les déconstructions et toutes les repentances.

A lire Patrick Boucheron, on y décèle le contentement de soi de celui qui a enfin trouvé la martingale permettant de déconsidérer ceux qui sont attachés à une identité nationale et territoriale. Le récit national s’appuie sur des réalités : de la guerre des Gaules en passant par Jeanne d’Arc (dont nous avons les écrits de son procès et les témoignages) jusqu’aux trente glorieuses. Autant de personnages qui ont construit une identité, des valeurs, la société de partage qui a vécu jusque dans les années 80. Le patriotisme, c’est d’abord sa patrie et ensuite les autres pays, comme chacun d’entre nous fait avec ses proches : d’abord sa famille et ensuite les autres. Après, le tout est de savoir ce qu’est la « patrie » – pendant la révolution, patriotisme est quasiment synonyme de « civisme »- dans cette conception, la patrie n’est pas un univers étriqué, c’est la « res publica… ».

Patrick Bouchron

L’acharnement d’épuration post-colonialiste de ces universitaires rejoint la bêtise de ces étudiants de l’Université de Londres membres de la School of Oriental and African Studies (SOAS) qui ont récemment voulu interdire l’étude des philosophes blancs tels que : Platon, Aristote, Voltaire, Montesquieu, Kant. On est bien évidemment en présence d’un aveuglement totalitaire de la pensée, qui sous couvert de progrès rejoint en effet des archaïsmes profonds (on pense par exemple à l’Index des livres interdits par l’Eglise ou bien par les Nazis ou encore Staline). Mais là où on se dit que ces propos sont le fait d’une poignée d’étudiants illuminés, l’on se rend compte que tous les jours, en France sous la plume d’universitaires émérites du Collège de France, l’opportunisme idéologique gagne du terrain…

 

Je veux bien que l’on s’inquiète du concept d’identité Française pour qu’il ne devienne pas complètement figé.
Certes, mais alors remplaçons-le par le concept de civilisation qui pousse à prendre en compte toute sa culture et tous ses arts. Romain Gary – pas cité dans l’Histoire Mondiale de la France- a bien écrit : « je n’ai pas une goutte de sang français mais la France coule dans mes veines… ». Les civilisations s’élèvent et s’effondrent selon la vitalité de leurs idéaux culturels, et non seulement selon le poids de leurs richesses matérielles. L’Histoire nous apprend que la plupart des sociétés cultivent des valeurs sacrées pour lesquelles leurs peuples sont prêts à se mobiliser passionnément, sans faire de compromis.
La recherche du savoir, de la connaissance, la quête de l’excellence et du progrès sont des valeurs qui nous protégeront de la barbarie et de la montée de l’ignorance. Celles-ci doivent être enseignées. Il y va de notre avenir…

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